L’homme d’affaires était une vierge…

J’ai découvert Grayson Perry au musée d’art Pera lors d’un séjour à Istanbul ; Pas mal hein ?! Cette institution privée y exposait la série de tapisseries « Vanity of small differences ». Les chakras ouverts d’un esprit libre en vacance, j’ai tout de suite été séduite par la beauté de son oeuvre ; d’abord par l’esthétique : la composition équilibrée et les couleurs vibrantes. En plus de tout ça l’ambiance stambouliote ne faisait qu’amplifier l’effet. Puis il y a le sujet et la manière : un portrait réalisé avec élégance et l’humour des signes extérieurs d’appartenance des classes sociales. Voyons le cheminement artistique de ce sujet par  Grayson Perry avec « The annunciation of the virgin deal ». Allez je vous emmène ! 

« The annunciation of the virgin deal » est une tapisserie qui  fait partie d’une série de 6 autres intitulées « The vanity of small differences ». Elle est la quatrème tapisserie et l’une des deux consacrées à la classe moyenne. La scène se déroule à l’intérieur d’une cuisine dans laquelle une famille est rassemblée. Tim est assis sur le canapé à la droite de la toile et le personnage centrale est le partenaire d’affaire de Tim, ces ailes le présentant comme un business angel. 

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L’espace  de la cuisine présente une accumulation d’objets. Cette accumulation donne de la vie à la scène. Les couleurs sont vives, les formes ondulent. Chacun est occupé et entouré d’objet affectionnés par cette classe sociale : légumes bio ,  cafetière, des fleurs dans un vase  et des confitures maison. La société de Tim qui est devenue une affaire très rentable et a été vendu pour beaucoup d’argent. La composition contient une multitude de détail et des points de vues variés. Le regard évolue à travers la toile en s’accrochant à chaque objet, personnage, bribe de dialogue, moment qui racontent une histoire voir une partie de soi meme. Le détail se trouve même dans le reflet d’un miroir convexe accroché au mur dans lequel on aperçoit un adolescent s’adonnant au joie de la réalité virtuelle grâce à de nouvelles lunettes aux pouvoirs d’immersion.

Cette toile est une vision de nous même comme à travers un miroir ou une fenetre temporelle. Dimanche dernier cette scène aurait pu se dérouler à la maison.  Ces tableaux sont emprunt d’une certaine tendresse contrairement à son prédécesseur.

Grayson Perry n’est pas le 1er à avoir voulu scanner les vicissitudes de nos petits arrangements sociaux. Au XVIII ème siècle, William Hogarth trace la vie de Tom Rakewell, héro d’une série de 8 peintures intitulées A Rake’s progress. l’histoire est triste puisque Tom fait fortune mais, soumis aux dictat des signes extérieurs de richesse,  au lieu d’épargner sagement son argent sur son livret A, le dépense sans réfléchir jusqu’à s’endetter. Il finira en prison pour dettes et mourir seul dans un foyer pour personne démunies. Une observation très sombres de la volonté de l’Homme à poursuivre un rêve celui de l’assencion sociale jusqu’à la déraison puis la dégringolade. Ce sujet à souvent été abordé dans la peinture à travers les époques : la peinture de vanité.

Ainsi à l’instar de « A rake’s progress », « Vanity of small differences » retracent l’ascension et la perte de Tim Rakewell. Vous noterez les petites consonances de noms et prénoms entre les 2 oeuvres… Petit clin d’oeil également à Hogarth : la présence d’un toutou dans chacune des 6 tapisseries. Pourquoi ? la mascotte du pub adoré d’Hogarth est un petit chien du nom de Trump.

En conclusion, nous pouvons parler ici de récit moral et d’une mise en garde sur les détours superficiels que peuvent prendre parfois la vie.  Mon point de vue est que la classe épargnée de la série est la classe moyenne. Je vois deux raisons à cela: cette classe par définition n’est pas dans l’excès des extrèmes des 2 autres classes dont la représentation est plus sombres alors que la scène de « The annunciation of the virgin deal » est baignée d’une atmosphère sereine : nous sommes en famille, Tim vient de vendre sa compagnie  pour quelques millions de dollars, il profite de son temps libre en jouant avec son fils avec l’assurance d’être à l’abri du besoin, un bon repas se prépare, les enfants jouent… Deuxièmement peut être parce que la classe moyenne est celle d’où il vient ou celle dans laquelle il se trouve. Le traitement en est alors plus indulgent que les toiles sur la classe aisée par exemple qu’il représente en animal malade.

La toile est aussi parchemée de symboles. Il ne vous aura pas échappé les nombreuses connotations religieuses, dans les titres ou bien les images et textes. : ils rendent hommage aux peintures bibliques de de la représentation de l’annonciation du 15ème siècle :

– L’image des légumes posés sur la tables sont ceux de l’anonciation de Carlo Crivelli :

– La posture du partenaire d’affaire de Tim est à l’image de la vierge du tableau l’annonciation de Matthias Grünewald, (à présent vous comprenez le titre du poste mais surtout de la toile…) :


– Et enfin le vase de fleurs de lys, la réplique quasi identique de celui de Robert Campin dans l’annonciation du triptyqye de Mérode :

Leur echos dans le détail ci-après  :

Nous avons également la critique de la vanité à travers l’image de la mort très présente  : un porte clé en tête de mort, voilà un rappel discret à cette vanité qui peut nous mener à la perte. La voiture et l’ivresse de la vitesse en sont  souvent les attributs. Signe d’ailleurs  anonciateurs de la dernière tapisserie dans laquelle le héros trouve la mort dans un accident de voiture, une Ferrari rouge.

Post Scriptum

Alors que Grayson Perry s’est inspiré d’une observation sur le terrain des attributs caractérisant le statut social des habitants de la région du sud est de l’Angleterre, faisons maintenant une expérience : dans l’heure qui suit la rédaction de ce billet, je vais, à travers la grille de lecture de « Vanity of the small differences » tenter de repérer mes petites différences sur l’échelle sociale de Grayson Perry.  

Après observation, je note que dans le frigo il y a une salade bio, dans un panier des pommes pour une compote maison et  sur la table de la cuisine une vase de fleurs « fraiches ». Je serais alors de la classe moyenne.



Faites aussi l’experience chez vous. Au delà de la comparaison, cet exercice amene une réflexion sur le vraie sens des objets, leur valeur et signification sur leur mise en scène. 

Je vous encourage également à regarder dans les coins et recoins de cette cuisine : vous y trouverez des portraits de Steve jobs et Bill Gates, un bout de récit décrivant la vie de Tom sur un tableau noir, les inscriptions sur la vaisselle et autres supports, le reflet du mirroir convexe, l’article affiché sur la tablette… En bref amusez vous à percer le mystère de ce qui fait battre le coeur à notre époque,  de notre héros, de nos voisins, amis et pourquoi pas nous mêmes.  

 

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