Une sculpture communicante

A Monumental Journey, 2016, Kerry James Marshall.

Matériau : briques noires à base de manganèse

Ce sont 2 tambours africains posés en équilibre. 

Ils sont utilisés traditionnellement par les Yoruba d’Afrique de l’Ouest pour communiquer sur de longues distances. 

Ils sont appelés tambours parlants car les variations de sons qu’ils produisent sont proches de ceux de nos cordes vocales. Ceci grâce à sa forme en sablier et des bandes de tensions qui agissent comme un diaphragme.

L’œuvre symbolise l’importance de la communication mais aussi la nécessité voire la difficulté de parvenir à un système de justice équilibré. Comment le savons-nous ? grâce au contexte de la commande :  Un hommage à l’association juridique la plus ancienne et la plus importante des USA  qui a vocation d’apporter son aide aux minorités aux Etats Unis.  

I’m sexy and i know it… no  ?! 

X-4,1978, E’wao-Kagoshima.

Pastel, gouache et stylo sur papier.

Ses peintures sont hyper-imaginatives et érotiques empruntant des éléments visuels à Picasso, Klossowski et Baldessari. Caricatures et kitsch se sont imposés dans son oeuvre et sont devenus le support d’interprétation de l’histoire de l’art et de la culture japonaise traditionnelle. Sa marque de fabrique : le pop-surréalisme.

La peinture qui parle  ! 

« In Italian » de Jean Michel Basquiat (1983) propose une traduction « en italien » . Bon, on veut bien. Mais une traduction de quoi ? Et que dit cette traduction ? Parce que si on ne parle ni italien ni art contemporain, ça risque de se mélanger les pinceaux. Essayons alors une version en français ! Tout d’abord parlons rapidement de l’histoire de son auteur avant de parler de sa technique, de ses sujets et des interprétations possibles :

La ville de New York et ses rues sont son terrain de jeu :

–  Naissance  à Brooklyn, plein coeur de New York,
– Son école est l’institut public alternatif « Ville comme école » à New York qui utilise la ville comme salle de classe,
– Ensuite il se lance dans le commerce de rue, toujours à New York city,  où il vend, façon Edith Piaf,  des sweets et des cartes postales illustrés de son coup de crayon,
– Des cartes, il passe aux murs de la ville. C’est l’art de rue : il crée ses 1ers graffitis et tags signés SAMO pour lesquels il contribuera à éléver la discipline au rang d’art… avec l’aide de Warhol.

En bref, Basquiat est un artiste urbain qui fait du street art ! Et ça c’est important pour comprendre presque tout le reste :

– Le style néo-expressionnisme dans lequel s’inscrit cette oeuvre

– et le support utilisé : De manière générale, Basquiat ce n’était pas le genre de mec à aller à Cultura et demander « Bonjour, je voudrais un chassis entoilé coton et un assortiment de pastel conté s’il vous plait. Vous avez ça en rayon ou je passe commande? » Non pas vraiment. Les matériaux sont ceux de la rue. Des supports bruts déjà chargés de sens : celui de la réalité, du terrain qui mettra en valeur la rudesse de son travail. Mais aussi, de manière plus paragmatique, parce qu’il n’a pas un rond… Autant joindre l’utile à l’agréable; enfin plutôt à l’artistique. Dans « In Italian », ce sont 2 panneaux de bois assemblés et là on pense diptyque je dirais même diptyque de la renaissance italienne, période à laquelle cette représentation est très en vogue dans la botte.  Et ça c’est une partie de notre clé de lecture, de notre traduction. Ne pas croire que l’artiste contemporain fait table rase du passé. Bien au contraire : souvent il s’en inspire et a participé à sa construction artistique.

Le triomphe de la chasteté, Pietro della Francesca, 1465
Le triomphe de la chasteté, Pietro della Francesca, 1465

La technique du diptyque a été utilisée par d’autres artistes contemporains, entre autre : Bertrand Lavier, artiste conceptuel, qui réalise une série de 2 couleurs apposées (le rouge géranium) de fabrication industrielle pour mener une réflexion sur les certitudes et les chemins du consensus. ( Rouge géranium par Duco et Ripolin en 1974,  Rouge géranium par Duco et Valentine en 1989).

 Rouge géranium par Duco et Valentine, Bertrand Lavier, 1989
Rouge géranium par Duco et Valentine, Bertrand Lavier, 1989

Les couleurs, les formes et les mots

Les couleurs sont le moyen d’afficher des contrastes énergiques : brutalité du noir  bitume et rouge vif, tempérés par les aplats de craie de couleurs vert, blanc et rose tendre. la craie pour son aspect brut et proche de la couleur pure. 

Les formes

Caricatures des formes, personnages de BD, ratures, coup de crayon naïf « pour de faux », le style est volontairement enfantin.

Mini king kong, détail de
Mini king kong, détail de « in Italian », Jean Michel Basquiat, 1983

La peinture montre des dessins d’enfance, des héros de BD, du sport… et ses rêves; Elle parle de désillusion confrontés à la vie réelle d’adulte. Le « switch » de tonalité entre le dessin enfantin et la dureté du sujet traité peut être comparé à l’improvisation out (changement de tons) utilisé dans le milieu du jazz, musique dont Basquiat était amateur. 

On note aussi une densité de couches de peinture successives qui se recouvrent les unes les autres. « Je redessine et j’efface mais jamais au point que l’on ne puisse voir ce qu’il y avait avant. C’est ma version du repentir » disait l’artiste.

Les mots

C’est pas cluedo mais le spectateur est quand même invité à trouver des indices, des sens cachés. On peut voir dans ses peintures des morceaux de langage codé des Hobos, des mots à double sens, des montages façon cut-up à la manière de Borroughs, des écritures inversées. Basquiat transforme la peinture en mot, en parole, en cri , en onomatopés car il a le goût des mots. L’image devient accoustique. La technique est une sonorisation de l’image.


Là où Kadinsky transformait la musique en peinture, Basquiat transforme la peinture en mot, parole, bruit. Maintenant voyez la musique… 

Jaune, rouge, bleu, Vassili Kandinsky, 1925
Jaune, rouge, bleu, Vassili Kandinsky, 1925

Les influences

Le voyage et l’exposition
1 an avant la réalisation d' »In Italian », Basquiat réalise un voyage en Italie, à Modène  et les peintures qu’il réalisera durant cette cette période feront partie de sa 2ème grande exposition qui aura lieu à la Gagosian Gallery. « In Italien » en fait partie. L’inspiration de ce voyage apparait dans les couleurs utilisées proches de celles symboliquement utilisées pour l’Italie  : vert, blanc, rouge et leur nuances. 

Son histoire personnelle

Ces sujets sont issus de la culture populaire et d’expérience personnelle (vaudou, sport, bd, jazz, christianisme…) liée à ses origines portoricaines par sa mère et haitiennes par son père. Histoire tourmentée du peuple Noir américain.

Le racisme  et le poids de l’héritage

Basquiat en tant qu’Afro-Américain souffrait de la part raciste de l’Amérique de l’époque. Même si l’esclavage était aboli depuis des années (1865 soit environ 120 ans), certains ont fait du zèle pendant encore longtemps. D’ailleurs ce n’est qu’à partir des années 60 que les droits sont identiques pour chacun. A cette époque ce ne sont pas uniquement les Afro-Américains qui en sont victimes dans la société américaine mais également les  familles européennes. Sa démarche : se rappeler de l’histoire, de son histoire et ses représentations.

Esclaves dans une platation de Virginia, illustration de
Esclaves dans une platation de Virginia, illustration de « The old plantation », vers 1790
Abraham Lincoln et son cabinet réunis pour la 1ère lecture de la proclamation d'émancipation, en 1862
Abraham Lincoln et son cabinet réunis pour la 1ère lecture de la proclamation d’émancipation, en 1862.

On peut penser que le teint verdâtre (comme malade) de son autoportrait et les mots « crown of thorns » (couronne d’épines) sont les signes la souffrance qu’il connait ou a connu. Dans l’imaginaire collectif, la couronne d’épines est celle portée par Jésus lors de la crucifiction. Sa signification est forte : elle est l’image de la malédiction et des pêchés des Hommes. Dans le contexte de l’oeuvre, le message est « Je porte la malédiction de l’histoire des afro-américain en Amérique ». L’aspect visuel des mots tient une place importante dans l’iconographie de Basquiat. Il aime les mettre en avant en les entourant, soulignant voir même les barrant. Pour « Crown of thorns », cela met en valeur son souhait d’effacer ce fardeau.

Visage, détail de
Visage, détail de « in Italian » de Basquiat, 1983

Ce lourd passé a transformé le personnage principal de l’oeuvre en « zombi »  renvoyant l’observateur à l’irrationnel et aux forces obscurs : Masque vaudou avec un ratelier de dents, des oreilles ridicules et la présence de « sangre ». Le zombi est une personne dans un étât présentant toutes les caractéristiques de la mort suite à l’empoisonnement par un prêtre sorcier vaudou ; il est déterré pour devenir l’esclave du sorcier. « Le traumastisme lié au fait de se croire mort, d’être  enterré vivant puis déterré et devenu un cadavre « esclave » expliquerait le comportement des victimes persuadées d’être des mort-vivants. » Source :  Les grandes civilisations pour les nuls , par Florence BRAUNSTEIN et Jean-François PÉPIN.

L’injustice
On peut voir dans le coin en haut à droite, une représentation de la justice « abimée » : une caricature de celle-ci par le dessin d’une autruche aux airs interloqués,  un plumage dégarni sur la tête.


Pour etayer ceci, voici ce qui est indiqué dans le  Dictionnaire des symboles  (1982) de   Jean   Chevalier   et   Alain   Gheerbrant : « la plume d’autruche était un symbole de justice, d’équité, de vérité. Les Anciens voyaient l’origine de cette signification dans le fait que les plumes de l’autruche seraient toutes de même longueur. La plume d’autruche s’élevait sur la tête de la déesse Maât, déesse de justice et de vérité, qui présidait à la pesée des âmes ; elle servait également de juste poids dans la balance du jugement. Comme la déesse dont elle est l’emblème, la plume d’autruche signifie l’ordre universel, fondé sur la justice. »

Basquiat évoque ici des idéaux d’égalité et de liberté malmenés aux Etats Unis. Vu également dans le mot « liberty » rayé sur la pièce de monnaie placée en heut à gauche de la toile. Nous n’avons plus qu’à « croire en Dieu » (« In god we trust »)…


L’oeuvre est aussi une critique de la société de consommation. Transformation de la pièce de 10 centimes en haut à gauche. Est ce le coût réel des choses d’aujourd’hui autrement dit « pas cher » donc « SAMO » . Tout est-il commercialisable ? Même notre corps (le mot « corpus ») adossé à une marque (signe du copyright)

SAMO : acronyme pour  « Same Old shit » sa signature durant la période graffiti,  surmontée d’une couronne adossée au signe Copyright. 

Un dessin de tête avec la légende Hoek est resté un mystère impénétrable pour Google et moi. Si vous avez une explication, une suggestion, idée sur cette partie de la peinture, n’hésitez pas à laisser un commentaire ; )

A présent, vous savez ce qu’il vous reste à faire : collectionner les dessins de vos enfants ou retrouver les votres réalisés à leur âge  👭