La sculpture la plus vue au monde

L’ange du Nord est une sculpture de 20 mètres de haut et 54 d’envergure réalisée par Antony Gormley et datée de 1988. Située sur les bords de l’autoroute A1 à Newcastle et de la principale ligne de fer de la côte est dans le nord du royaume d’Angleterre, elle est vue chaque jour par plus de 90 000 personnes  que ce soit en train ou en voiture.

Chiffre qui pourrait etre multiplié par 2, voir plus pour une partie, selon le nombre de passager avec le conducteur. Juste pour comparer  :  le musée du Louvre de Paris a accueilli en 2016 quelques 20 700 visiteurs par jour. Petit joueur  !

L'ange du Nord, Antony Gormley
L’ange du Nord, Antony Gormley

Si on ne vous dit pas que c’est un ange vous ne le devinez pas  :  rouge, métallique, ailes tendues sous le bras. Loin de sa représentation classique  :  un être de chair et de sang, aux ailes blanches toutes de plumes vétues, collées sur le dos. On est artiste contemporain ou on ne l’est pas  !  Ici, on l’est totalement.

L'ange du Nord, Antony Gormley
L’ange du Nord, Antony Gormley

D’abord parce que la présence de l’oeuvre est comme la mémoire de la région  : construit sur un ancien site de mine de charbon désacfectée, la sculpture  est un hommage aux mineurs qui ont travaillé dans des conditions difficiles pendant longtemps que ce soit à ​l’échelle d’une vie ou de l’histoire (pour en savoir plus sur cette période).

Un air de Batman
Un air de Batman

Ensuite, parce que l’oeuvre incite le spectateur à l’introspection par le questionnement qu’amène la vision d’un ange (le bien et le mal, le jugement, les espoirs et les peurs…)

Enfin la recherche esthétique par la représentation originale (dans le sens unique) d’un ange.

Voir sur google map  :

Ange du Nord, Durham Rd, Low Eighton, Gateshead NE9 7TY, Royaume-Uni

 

Photos revues et corrigées ! 

La machine à voyager dans le temps existe et elle est « virtuelle » ; c’est notre tablette, téléphone, ordinateur. Ca tombe bien car tout le monde en possède (sauf quelques malchenceux ou vénards selon le point de vue)  Grâce à une recherche en image sur Internet du lieu et de l’époque souhaités et un outils (logiciel) de traitement d’image bien bâti, on peut se retrouver où l’on veut, quand on veut et avec qui on veut… Nous le savions déjà depuis longtemps mais Silin (Céline) Liu l’a fait et drôlement bien fait.

L’artiste photographe Silin Liu réalise ceci grâce à la technique du photobombing. Cette technique pour le commun des mortels est l’art de se taper l’incruste sur une photo où l’on était pas prévu. Illustrations :

Sans doute le 1er photobombing de l'histoire !
Sans doute le 1er photobombing de l’histoire !

Silin Liu récupère d’anciennes photographies trouvées sur Internet, les transforme en y ajoutant l’image d’elle même et seulement elle même sans transformer une autre partie de la photo d’origine. Elles sont ensuite diffusées sur les réseaux sociaux. Les photos choisies mettent souvent en scène des personnes très reconnaissables, faisant partie de la culture populaire du XXème siècle : Simone de Beauvoir, Audrey Hepburn, Winston Churchill, Grace Kelly…

Silin Liu et Simone de Beauvoir
Silin Liu et Simone de Beauvoir
Silin Liu et Audrey Hepburn
Silin Liu et Audrey Hepburn
Silin Liu et Wintson Churchill
Silin Liu et Wintson Churchill
Silin Liu et Grace Kelly
Silin Liu et Grace Kelly

« Bien fait » car l’incrustation de sa propre image contemporaine respecte le grain, les codes couleurs et vestimataires de la photo vintage de l’époque. L’insertion trouve également sa place au côté du personnage public en parfaite cohérence avec la scène.

« Drôlement » parce que l’artiste y ajoute une touche d’humour en glissant quelques gestes ou attitudes qui apportent une pointe d’anachronisme ou décalée. C’est d’ailleurs à cela que nous pouvons voir que la photo, la nouvelle image créée à partir de l’ancienne, n’est pas l’originale :

Quelle femme raisonnable oserait s’afficher sur une photo de magazine avec Marilyn Monroe, the sex symbol des années 50, 60 et des suivantes… ? ou séduire Andy Warhol ? ou placer une figure féminine au sein des cadres dirigeants du parti communiste?  Réponse : Silin Liu ;

Silin Liu et Marilyn Monroe
Silin Liu et Marilyn Monroe

Silin Liu et Andy Warhol
Silin Liu et Andy Warhol

Qui se permettrait de saluer les citoyens américains depuis la voiture présidentielle dans laquelle se trouve le président des Etats Unis d’Amérique, John Fitzgerald Kennedy et sa 1ère dame, Jackie Kennedy ? Silin Liu ;

Silin Liu, John Filzgerald et Jackie Kennedy
Silin Liu, John Filzgerald et Jackie Kennedy

Qui encore prendrait l’initiative de partager la réalisation d’une oeuvre avec Pablo Picasso et de la signer ? toujours Silin Liu ;

Silin Liu et Pablo Picasso
Silin Liu et Pablo Picasso

Qui prétendrait avoir bien rigolé avec la princesse de Galles, Lady Di, à une cocktail party ? encore Silin Liu.

Silin Liu et lady Di
Silin Liu et lady Di

Au delà de la maîtrise de la retouche d’image, cette jeune artiste audacieuse, par une méthode qui brave les habituelles représentations ou les goûts de l’époque, nous amène à réfléchir sur la valeur de l’image, sa signification, son but et son utilisation.

D’ailleurs est ce que la qualité de l’image reconstituée est le fait d’une compétence particulière acquise par l’expérience dans le domaine de la retouche d’image ou bien n’importe qui modulo quelques séances de tutoriel en ligne sur Youtube, pourrait accéder à la transformation d’image plus vrai que nature ?

Silin Liu et Charlie Chaplin
Silin Liu et Charlie Chaplin

La réflexion de l’artiste sur le sujet s’étend plus largement à toutes les images, et elles sont nombreuses, que nous rencontrons aujourd’hui ou qui ont été données à voir à  nos ainés. Cette question est importante aussi pour une artiste chinoise dont le contexte politique en Chine possédait un controle particulier sur la communication et encore aujourd’hui sous une nouvelle forme. Silin Liu s’amuse d’ailleurs a reprendre une photo officielle du parti communiste dans laquelle l’artiste se retrouve en 2ème position à la gauche du président.

Silin Liu et Mao Ze Tong
Silin Liu et Mao Ze Tong

Cette série de photos incite à nous interroger sur la place et la nature de l’image dans notre quotidien. A l’ère des médias sociaux tout le monde est célèbre et rien n’est tout à fait ce qu’il semble.

En synthèse

L’oeuvre « I’m everywhere » nous raconte l’histoire, le passé par le choix de de photos anciennes représentants des personnages qui ont marqués le XXème siècle mais aussi l’artiste : des stars, des intellectuels, leaders politiques. Tout en nous interpellant sur le rôle de l’image d’hier et d’aujourd’hui en revisitant ces clichés. Ces images ne sont pas moins authentiques que celles diffusées un peu partout dur la toile.

Ce qu’en dit Silin Liu elle-même :

« La capacité descriptive de « Je suis partout » (« I’m everywhere ») surmonte les contraintes géographiques et temporelles ; à partir de là, une personne se transforme en « dieu ». Lorsque le médium n’est plus en mesure de porter l’énergie de l’information, sa forme disparaît à son tour. Ainsi, l’image est saturée d’omniprésence – elle déborde d’énergie, mais est extrêmement factice ; elle est l’endroit où tout commence et où tout finit. Chaque fois que nous prenons une photo et la partageons, nous effectuons un rituel. Nous nous perdons dans cette adoration irrationnelle tout en émettant une version inédite de nous-mêmes. Par ce procédé, nous expulsons la peur et l’impuissance de notre environnement. Par ce procédé, l’environnement original mais déréglé peut nous donner l’opportunité de décider d’un nouveau destin. «  

Silin Liu et Andy Warhol
Silin Liu et Andy Warhol

La peinture qui parle  ! 

« In Italian » de Jean Michel Basquiat (1983) propose une traduction « en italien » . Bon, on veut bien. Mais une traduction de quoi ? Et que dit cette traduction ? Parce que si on ne parle ni italien ni art contemporain, ça risque de se mélanger les pinceaux. Essayons alors plus

L’homme d’affaires était une vierge…

J’ai découvert Grayson Perry au musée d’art Pera lors d’un séjour à Istanbul ; Pas mal hein ?! Cette institution privée y exposait la série de tapisseries « Vanity of small differences ». Les chakras ouverts d’un esprit libre en vacance, j’ai tout de suite été séduite par la beauté de son oeuvre ; d’abord par l’esthétique : la composition équilibrée et les couleurs vibrantes. En plus de tout ça l’ambiance stambouliote ne faisait qu’amplifier l’effet. Puis il y a le sujet et la manière : un portrait réalisé avec élégance et l’humour des signes extérieurs d’appartenance des classes sociales. Voyons le cheminement artistique de ce sujet par  Grayson Perry avec « The annunciation of the virgin deal ». Allez je vous emmène !  Plus